Rue de Metz, quels nouveaux aménagements attendent les Toulousains ?

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Publié le 19 mai 2021 par

Morgane Caillière Avatar de l'auteur "Morgane Caillière"

SOMMAIRE

Nouvelle victoire pour les partisans de la piétonisation du centre-ville toulousain, la rue de Metz, axe de circulation majeur du cœur de ville de Toulouse, va être réaménagée et interdite à la circulation automobile de transit.

Le projet de requalification, chapeauté par l’architecte-urbaniste Joan Busquets et le paysagiste Michel Desvignes, va remodeler le tronçon situé entre le boulevard Carnot, (monument aux morts) et le musée des Augustins. Alors que l’immobilier neuf à Toulouse se développe, la rue de Metz devrait conserver et éclairer d’un jour nouveau, le visage historique qui fait son charme.

Le 10 mai 2021, Toulouse Métropole a lancé une consultation citoyenne baptisée : requalification de la rue de Metz . Sur le site jeparticipe.toulouse.fr, les avis convergent déjà.

Rue de Metz Toulouse – vue actuelle de la rue
© Didier Descouens - Shutterstock

Consultation citoyenne : que demande le peuple ?

Après 8 jours de présence en ligne, 100 commentaires ou “propositions” sont déjà sur le site jeparticipe.toulouse.fr. Au premier coup d’œil, point de brioche au menu mais quelques préoccupations se démarquent déjà des suggestions libres de la consultation.

Le danger de la cohabitation vélo, piétons arrive en tête de liste.

“Sur l'avenue Alsace Lorraine, la confusion des espaces piétons et cycles est extrêmement dangereuse. Je la pratique une à deux fois par semaine et c'est un calvaire. Il ne faudrait pas reproduire la même erreur sur l'avenue de Metz ! Travailler davantage la qualification et la destination des espaces par des repères tels que - des hauteurs différentes, des revêtements différents ou encore des couleurs bien distinctes.” KleinBonnheur


“J'aimerais que la piste cyclable soit distincte de la circulation des piétons pour éviter la situation de la rue Alsace Lorraine où la vitesse de 6km n'est jamais respectée par les vélos et où être piéton et parfois dangereux.” Olivier 31

Dans un second temps, la volonté des participants semble être une végétalisation ambitieuse pour limiter l’effet îlot de chaleur de l’hyper centre.

“Il est possible de conférer une réelle place à la nature dans cette rue afin d'éviter de renforcer "l'ilot de chaleur géant" que constitue le centre-ville. Sauf obstacles techniques, la rue de Metz peut devenir un ilot de fraicheur prolongeant en centre-ville l'axe "jardin des plantes, boulingrin, allées F. Verdier". Il conviendrait alors de donner une toute autre ampleur au volet végétalisation.” Matthieu


“Un maximum de végétalisation semble indispensable, donc quel que soit le scénario retenu, l'option de pieds d'arbres végétalisés est un minimum ! Il fait trop chaud l'été, la ville est trop polluée, donc la végétalisation doit se faire +++” Antoine

Certains habitants du centre marquent leur opposition à une impossibilité de rouler dans le centre, argumentant que leurs trajets quotidiens s’en trouveraient fortement allongés.

D’autres s’inquiètent du report du trafic qui n’est pas évoqué dans le projet accessible en ligne.

Enfin, une question récurrente : pourquoi le choix de scénario proposé ne porte que sur la place des arbres à droite ou à gauche de la rue ?

Concertation citoyenne, ou, quand, comment ?

Rue de Metz Toulouse - illustration des usagers toulousains
© BRO.vector - Shutterstock

La Maire du quartier 1.1, Julie Escudier, responsable de la concertation citoyenne, invite les Toulousains à se connecter en nombre à la plateforme participative en ligne de la mairie : jeparticipe.toulouse.fr.

Le projet y est présenté dans ses grandes lignes et de premières esquisses sont proposées. Pour les réfractaires au web, les personnes ne disposant pas de connexion à domicile, il reste l’option de se rendre (physiquement) à la Maison de la citoyenneté centre, rue Paul-Mériel où l'exposition du projet permet de laisser un avis sur des panneaux d’expression libre.

Deux permanences dédiées auront lieu à la Maison de la Citoyenneté Centre, le 27 mai, de 16h à 18h, et le 31 mai, de 14h à 17h. Des rencontres sont également prévues avec plusieurs associations en lien avec les thématiques abordées. Enfin, une déambulation avec le conseil de développement de la Métropole (CODEV) sera prévue dans les mois à venir. Dernier jour pour participer : le 4 juin 2021.

Les suggestions et avis devraient être pris en compte et restitués dans le courant de l’automne.

Les objectifs de la municipalité

Rue de Metz Toulouse – photo de jeunes cyclistes toulousains
© Jacob Lund - Shutterstock

Rappel du projet

Après la rue Alsace Lorraine en 2008, les rues Pargaminières, des Lois, Bayard, les abords de Saint-Sernin et de Victor-Hugo, la rue de Metz, axe est-ouest à la circulation automobile régulièrement saturée, doit amorcer une métamorphose orientée “piétonisation”. Un budget de 11M€ est programmé pour des travaux qui doivent commencer en 2022 pour s'achever en 2025.

L’annonce en a été faite au début de l’année par Toulouse Métropole. Cité en 2014, parmi les 6 priorités du réaménagement du centre-ville, le projet a été retardé au profit du réaménagement de la place Saint-Sernin, des allées Jean-Jaurès, et de la rue Bayard, entre autres.

La Métropole présente la rue de Metz comme une coupure qui partage le centre historique en deux. Une majorité de piétons interrogés par Toulouse Métropole dans une vidéo “micro trottoir” confirment actuellement, privilégier d’autres rues plus tranquilles, pour leurs circuits shopping ou leur circulation à vélo.

Des enjeux environnementaux, économiques et touristiques

Le premier objectif évoqué par l’équipe de Jean-Luc Moudenc est une limitation considérable de la circulation automobile sur ce tronçon. Il s’agit d’empêcher la circulation de transit et de rechercher un espace, si ce n’est piéton, au moins plus apaisé, plus agréable à la circulation piétonne et cycliste.

Une autorisation d’accès pour les commerçants, les riverains et leurs ayant-droit sera maintenue. Une piste cyclable clairement identifiée et distincte des chemins piétons devrait être dessinée pour éviter les accrochages piétons cyclistes fréquents dans la rue Alsace Lorraine dus à un espace aux délimitations floues.

Le second objectif est d’habiller la rue de verdure et de matériaux naturels. La plantation d’arbres et de végétaux permettra d’apporter de l’ombre et donc de la fraîcheur. Bilan espéré : des pots d’échappement en moins et des arbres en plus dans une rue plus aérée.

Enfin le troisième objectif présenté par la mairie est une mise en valeur du patrimoine historique de cette artère principalement habitée d’immeubles XIXème Haussmanniens ou Art Nouveau qui héberge le Musée des Augustins mais également une ouverture sur l’aile droite de la cathédrale Saint-Etienne.

Sur le trajet d’un piéton en excursion shopping ou d’un touriste, la rue de Metz marque une rupture entre les secteurs Saint-Etienne et Saint-Georges. La réunion des deux quartiers en un seul cœur de ville ou le piéton se réapproprie l’espace public ne pourra être que positif pour les commerçants.

Cette requalification permettra de connecter les quartiers de l’hypercentre. L’enjeu est donc triple : environnemental, économique et touristique.

Avec ce nouvel aménagement, la municipalité de Toulouse ambitionne « le renforcement de l’attractivité commerciale de cet axe et du centre-ville et la possibilité d’organiser de grands événements ».

Pour quelle raison les travaux se limitent-ils au tronçon compris entre François-Verdier et Esquirol ?

Interrogée par France Bleue le 10 mai 2021 Julie Escudier explique :

?

Pour plusieurs raisons. La première raison, c'est que c'est une rue structurante qui, effectivement, va impacter la circulation au moment où nous allons la repenser. Forcément, il faut donc penser l'ensemble de la circulation en même temps, et on ne peut pas se permettre d’interrompre le trafic routier au niveau de la place Esquirol, c'est trop d'un coup.

Notre objectif, c'est de faire bouger les lignes progressivement. On a une vision qui se veut pragmatique de la ville. Il faut bien sûr aller vers une ville plus apaisée et avec des modes doux de circulation. Mais la brutalité n'a jamais été une solution selon nous. Nous avons donc choisi une voie d'apaisement, et par étapes, pour fluidifier la circulation.

Focus sur la rénovation des augustins

Rue de Metz Toulouse – le musée des Augustins avant travaux
© Antoine2K - Shutterstock

Il trône au centre de la rue de Metz et ne sera pas le laissé pour compte des velléités de changements de la mairie toulousaine, c’est le Musée des Augustins, qui lui aussi fera l’objet d’un remaniement d’ampleur.

Conçu par les frères Manuel et Francisco Aire Mateus, vainqueurs d’un concours d’architecture, un mur en pierres haut de 6 mètres doit s’élever entre l’entrée du Musée et l’aile du bâtiment longeant la rue d’Alsace-Lorraine. Il va remplacer l’actuel mur de briques.

Un nouveau pavillon contemporain le long de la rue de Metz, vise à améliorer l’accessibilité du musée, mais également à la création d’une boutique et de toilettes adaptées.

La demande initiale de la municipalité était un bâtiment « contemporain et audacieux... adapté au style et à la qualité du bâtiment principal ». Un parti-pris qui a fait débat et provoqué quelques remous au sein des associations de riverains. Faisant fi des rouspéteurs, le chantier démarrera bien en septembre 2021 et le nouveau pavillon devrait être ouvert en octobre 2022. L’architecture contemporaine de la création créera une rupture esthétique avec la brique de l’actuel bâtiment.

Histoire d’une rue toulousaine

Rue de Metz Toulouse – une marchande de légumes au n° 16 de la place Etienne-Esquirol en 1894.
© Georges Ancely - Shutterstock

2021, la rue de Metz est à la Ville rose ce qu’Alsace-Lorraine était avant 2008 : un axe routier du centre-ville où se concentre masse de trafic automobile de transit, avec son lot quotidien de ralentissements et bouchons.

La rue est percée entre 1869 et 1871, pour former l'axe est-ouest, reliant le boulevard Lazare-Carnot au Pont-Neuf ; d’où son premier nom de : Rue Transversale. Elle prit son nom actuel à la suite d'une décision du conseil municipal en 1873, inspiré par la ville de Metz, annexée par l’Allemagne avec l'Alsace-Lorraine lors de la guerre Franco-Prussienne de 1871.

Bordée de nombreux immeubles haussmanniens et même Art nouveau (Le Grand Hôtel devenu une jardinerie Truffaut notamment), typique des constructions toulousaines fin XIXe et début XXème siècle, elle appartient au site patrimonial remarquable de Toulouse.

Au Moyen Âge, la partie de la rue qui s'étendait de l’actuelle place du Pont-Neuf qui s’appelait alors place Gauthier d'Aigremont à la rue des Paradoux portait le nom de rue de la Chapelle-Gauthier, en raison d’une chapelle construite par le dit Gauthier qui se tenait sur place.

Elle a également porté le nom de rue du Pont-Vieux, partagé avec toutes les rues voisines qui débouchaient sur le Pont Vieux, un édifice disparu qui menait à l’Hôtel Dieu, légèrement en aval de l’actuel Pont Neuf.

Fin XIVe et jusqu'au XVIIIe siècle, la rue de Metz fut également désignée sous le nom de rue de la Trilhe, en référence à la famille de La Trilhe, qui possédait des maisons dans cette rue. À partir du XVIe siècle, les Toulousains oublièrent la famille et le nom dériva en la Treilhe puis la Treille.

Suite à l’aménagement de la place du Pont-Neuf, début XVIIe siècle, la rue fut naturellement rebaptisée rue du Pont-Neuf. Ce nom resta jusqu’au percement de la rue Transversale à l’exception d’une brève parenthèse révolutionnaire en 1794 où l’actuelle rue de Metz fut pour un temps la rue de l'Honneur.


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